Pour en finir avec les propos des détracteurs du R+

Publié le par fidelecanin

Pour en finir avec les propos des détracteurs du R+

Dans les médias sociaux, il y a pas un jour où je ne lis des commentaires allant à l'encontre des techniques d'entraînement au renforcement positif. Des intervenenants pronant les méthodes traditionnelles aversives s'évertuent à tenter d'expliquer pourquoi le chien est un animal dont l'entraînement nécessite force et confrontation. Tout ça, parce que l'on considère la structure sociale canine découlant de la théorie de la domination. Ils tentent également de discréditer les techniques de renforcement positif allégant que ces dernières sont limitatives et impossibles à appliquer avec certains chiens.

Définissons tout d'abord ce que sont les techniques d'entraînement reliées au renforcement positif (R+). Voyons ce que la science du comportement nous dit.

Edward Thorndike (1898) et Burrhus Frederic Skinner (1947), deux psychologues américains (précurseurs du behaviorisme), ont mit au point la theorie du conditionnement opérant. L'apprentissage skinnerien repose sur deux éléments, le renforcement et la punition, pouvant chacun être soit positif soit négatif. Ces termes doivent être pris dans le sens précis du conditionnement opérant :

  • Renforcement : conséquence d'un comportement qui rend plus probable que le comportement soit reproduit de nouveau.
  • Punition : conséquence d'un comportement qui rend moins probable que le comportement soit reproduit de nouveau.

Un renforcement ou une punition peut être soit :

  • Positif : par l'ajout d'un stimulus agissant sur l'organisme.
  • Négatif : par le retrait d'un stimulus agissant sur l'organisme.

Ainsi, il existe 4 types de conditionnement opérant (les 4 quadrants):

  • Renforcement positif : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à augmenter suite à l'ajout d'un stimulus appétitif contingent à la réponse Ex: mon chien marche bien au pied et je lui donne un morceau de nourriture
  • Renforcement négatif : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à augmenter suite au retrait d'un stimulus aversif contingent à la réponse. Ex: mon chien marche bien au pied alors je ne lui donne pas un coup d'étrangleur
  • Punition positive : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à diminuer suite à l'ajout d'un stimulus aversif ou conséquence aversive contingente au comportement cible. Ex: mon chien tire en laisse et je lui donne un coup d'étrangleur
  • Punition négative : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition d'un comportement tend à diminuer suite au retrait d'un stimulus appétitif. Ex: mon chien tire en laisse et je cesse de marcher

Il existe 2 sortes de renforçateurs (éléments de renforcement) :

  • Renforçateur primaire : Le renforçateur répond directement à un besoin essentiel de l'individu. Ex: nourriture...
  • Renforçateur secondaire : Le renforçateur est un renforçateur par un certain apprentissage fait au préalable. Ex: entraînement au clicker.

Des entraîneurs dont je fais partie, utilisent le conditionnement opérant principalement dans deux de ses quadrants: le renforcement positif et la punition négative. Le renforcement négatif et la punition positive n'étant utilisés que très rarement dans des cas de danger immédiat pour l'animal ou son entourage. Et cela, tout simplement par ce que le renforcement positif et la punition négative fonctionnement très rapidement et efficacement dans tous les contextes d'entraînement.

L'application de la force ou de la peur (punition positive) comme base de l'entraînement canin a longtemps été l'apanage des certains entraîneurs. Pourquoi? Tout simplement parce qu'on a toujours pensé que les chiens (et les autres mammifères) ne ressentaient aucune souffrance et aucune émotion. On sait maintenant que c'est faux. Les chiens ressentent les mêmes émotions que nous et souffrent tant physiquement et psychologuement. Alors pourquoi utiliser la force et la peur comme mode d'entraînement? Surtout que d'autres méthodes sont aujourd'hui disponibles.

Le chien est un être docile si on le compare à certains autres mammifères domestiqués. Prenons le chat par exemple. Si vous avez vécu avec un chat, vous savez très bien que vous ne pouvez forcer un chat à moins d'avoir une réaction agressive assez forte. Vous goûterez rapidement à sa médecine! Il ne nous viendrait pas à l'Idée de forcer, de mettre un étrangleur ou de ''dominer'' un chat! Alors pourquoi le faire avec le chien? Parce qu'il le permet???

Parce qu'il descend du loup et qu'il cherche à être votre chef de meute? Encore là, cette vision mythique du loup alpha, dominant sa meute est maintenant remise en questions par le père même de cette théorie le Dr David Meech. Voici un vidéo dans lequel Meech explique que sa vision du loup alpha élaborée dans les années 70, est fausse. https://www.youtube.com/watch?v=tNtFgdwTsbU

Les chiens ne fonctionnement pas en meute et ne tentent pas de dominer leur entourage canin et humain quand les ressources sont amplement disponibles. La domination et la soumission ne sont pas de tempéraments mais sont situationnelles quand il y a compétition pour une ou des ressources.

La hiérarchie inter-espèces (par ex: entre chiens et humains) est également un concept erroné. Les chiens savent très bien que nous ne sommes pas des chiens. Ils ne tentent pas de devenir notre chef de meute.

Les chiens fonctionnent comme nous sous certains aspects:

  • ils feront un comportement qui peut leur rapporter un bienfait, un avantage. Un comportement doit être payant. Ils adopteront un comportement qui est payant et éviteront un comportement qui ne l'est pas et qui leur occasionnera une dépense d'énergie inutile.
  • ils éviteront un comportement qui ne rapporte rien.
  • Ils évalueront les pour et les contre d'un comportement: cela peut-il m'apporter quelque chose même s'il y a danger? Le jeu en vaut-il la chandelle? La dépense d'énergie est-elle bénéfique?

On confond souvent agressivité, peur et domination. Le chien qui sort ses crocs a souvent peur et est dans ses réflexes de défense. Il ne cherche pas à nous dominer mais souvent à se protéger ou à garder ce qu'il a en sa possession.

Revenons au renforcement positif. Les détracteurs de cette technique disent que l'utilisation de la nourriture est un piège. L'utilisation de la nourriture est temporaire et sert à leurrer le chien vers un comportement désirable et à renforcer ce comportement. Une fois ce comportement acquis, la nourriture est graduellement donnée selon un horaire variable (principe du casino) ce qui augmente la probabilité que le bon comportement se répète même sans nourriture. Un fois le comportement acquis et généralisé, on abandonnera la nourriture. Elle ne sert qu'en période d'apprentissage et de maintien du comportement.

La technique du renforcement positif ne réfère pas seulement à la nourriture mais à tout ce que le chien désire avoir! Le chien désire aussi tout ce qui lui est agréable: jouets, jeux, promenades, courses, chasses, caresses, attention, paroles, liberté etc... Un chien peut très être entraîné avec une balle de tennis parce qu'il est sa principale motivation. Travailler au renforcement positif, c'est trouver ce qui motive le chien (voyez ce vidéo d'entraînement d'un chien à sauter sur demande. On renforce en lançant le frisbee). Trouvez ce qui le motive et il adoptera le bon comportement.

Un entraîneur qui vous dit qu'il travaille au renforcement positif et qui utilise en même temps:

  • un collier étrangleur, un collier à pics, à la citronnelle ou électrique
  • la force physique, la contrainte
  • les cris, la terreur...

La science de l'entraînement et du comportement canin!

Les techniques du renforcement positif et de la punition négative ne servent pas uniquement à entraîner votre chien à acquérir les comportements reliés aux demandes habituellement faites à votre chien (assis, couché, reste, viens etc...) ou à faire des ''tours'' comme certains le prétendent. Mais aussi à développer des comportements de saine cohabitation, de collaboration, de calme, de détente. À désensibiliser en cas de peur, ou d'agressivité. À contre-conditionner tout comportement indésirable (voyez ce vidéo de contre-conditionnement de chiens qui craignent les orages). Bref, à faire de votre chien, un compagnon de vie agréable et ayant une excellente qualité de vie. C'est fantastique, non ? Alors, abandonnez les techniques du Moyen Àge!

Publié dans comportement