Quand la désensibilisation progressive vient au secours de la peur

Publié le par fidelecanin

Quand la désensibilisation progressive vient au secours de la peur

Pour faire suite à notre article ''Seul votre chien connait la solution à son problème'', où nous avons abordé les motivateurs, les stimuli et la planification du plan de travail dans un cas de problème de comportement, nous aborderons aujourd'hui, la désensibilisation progressive, ou comment changer une émotion négative en émotion positive chez notre chien dans un cas de peur.

Lorsqu'on parle de désensibilisation progressive, on parle d’une technique qui a pour but de vaincre des peurs, des angoisses ou des phobies en le confrontant graduellement et de façon régulière à la situation, la personne, l’animal ou à l'objet redouté. On peut mettre le chien dans la situation réelle et de la même façon afin qu’il s'habitue aux différents symptômes qu’il pourrait ressentir.

En le confrontant de façon répétée à sa peur, le sujet va ressentir de moins en moins de symptômes et la situation va ainsi devenir familière, voire agréable.

Pour ce faire, il faut travailler le stimulus selon 3 volets :

-la distance;

-la durée;

-l’intensité.

Une fois que le(s) motivateur(s) et l‘ordre des stimuli qui font peur trouvés (réf.: ''Seul votre chien connait la solution à son problème''), il faut faire un plan qui détermineront le niveau de ces critères.

Pour être efficace, une désensibilisation :

· doit se faire graduellement, au rythme du chien;

· doit se faire de façon à ce que le chien ne tombe pas dans ses réflexes de défense car la situation est trop stressante (5 F : fight (combattre), flight (fuir), foul around (se soumettre), freeze (figer), fake (faire semblant). On doit travailler avant le déclencheur, i.e. que l’élément positif doit être présenté dans un contexte où le stress est assez bas pour que l’entraînement soit positif et agréable. Un bon indice pour savoir si l’entraînement est positif, est d’observer les réactions du chien pendant la séance de désensibilisation (il ne doit pas cesser de manger, jouer, il ne doit pas faire de signaux d’apaisement);

· le chien doit avoir vu, senti ou entendu le stimulus pendant la séance de désensibilisation (il ne s’agit pas de faire une diversion).

Voici un exemple d’application.

Récemment, j’ai eu le plaisir de travailler en désensibilisation progressive avec une belle femelle border collie qui avait peur de certains bruits, notamment les claquements de porte du local où elle est entraînée. Ce chien que nous appellerons Fanny, se déconcentre totalement et va se coucher dans un coin, lorsque quelqu’un ouvre une porte. Il est clair que Fanny a peur de ces sons.

Fanny sera placée en laisse afin de la garder près de l’entraîneur. Jamais, il ne faudra tirer sur la laisse, la punir ou lui parler négativement. Elle devra au contraire, être constamment et doucement encouragée.

La première étape dans la désensibilisation sera de déterminer le ou les éléments qui motivent Fanny: la nourriture (de la viande fraîche cuite) et le jeu du frisbee sont les motivateurs les plus importants pour elle.

Ensuite, en deuxième étape, il faut savoir à quelle distance travailler, quelle sera l’intensité du son de la porte et le temps qui séparera les sons.

On travaillera tout d’abord avec de la nourriture et ensuite au frisbee. Pour le cas qui nous concerne, nous avons décidé de travailler à environ 75 pieds de la porte et de fermer la porte très doucement (on doit quand même entendre un son), en lui faisant faire un bruit à toutes les 15-20 secondes.

On commence à donner de la nourriture en abondance à Fanny avant et pendant le son et Fanny doit demeurer concentrée sur la nourriture et ne pas cesser de manger. On sera à l’affut des signaux d’apaisement et des signes de peur et augmenter soit la distance, ou diminuer l’intensité et la durée des sons si cela se produit.

On diminuera la distance et on augmentera l’intensité et le nombre de sons au rythme des succès de Fanny. On pourra aussi changer le motivateur. De la nourriture, nous sommes rapidement passés au jeu de frisbee.

En une seule séance d’une heure, Fanny a entendu pas moins de 50 fermetures de porte en ne décrochant qu’une fois ou deux. Fanny a aussi rejoint d’elle-même les portes qui lui font si peur pendant qu’elles se fermaient, sans jamais démontrer de signes de peur ou de stress. Ce qui est une remarquable avancée dans son cas. Elle a poursuivi son travail en entraînement avec bonheur dans ce local qui lui faisait si peur.

Il serait sage de répéter les séances de désensibilisation à quelques reprises afin de bien ancrer cette nouvelle émotion positive. Aussi, comme rien n’est parfait en ce monde, Fanny sera probablement toujours un peu sensible aux nouveaux bruits. Sa guide devra être vigilante de ses nouvelles peurs et les travailler à mesure qu’elles se présentent.