Réflexion sur l'agressivité par légitime défense

Publié le par fidelecanin

La crise du pitbull que nous vivons depuis plus d'un mois au Québec, nous a mis en plein figure l'évaluation d'une chienne de type pitbull par un éducateur canin engagé par la municipalité où un événement relié à l'agressivité fut signalé.

Cette femelle fut saisie suite à une morsure faite sur un enfant. Il faut noter que je n'ai aucune information supplémentaire sur ce cas rapporté dans les médias. Cependant, j’eus l'occasion de visionner la vidéo de l'évaluation de cette chienne une éducatrice canine qui m'est inconnue, car elle a été diffusée par Radio-Canada.

Cette vidéo suscita chez moi toute une réflexion sur la perception que les gens ont de l'agressivité canine. Car l'évaluatrice utilisa des postures d'imposition, des gestes troublants et mal perçus dans le monde canin, des attitudes menaçantes pour un chien. Tout cela pour voir comment le chien allait justement se comporter face à une menace. Mais est-ce là une bonne façon d'évaluer un chien ayant mordu? Est-ce que la plupart des chiens (ayant mordu ou non) ne se serait-il pas sentis menacés par une telle évaluation faite par un étranger?

Premièrement définissons ce qu'est l'agressivité et ce, pour toute espèce confondue. Selon Google, l'agressivité est un comportement, humain et animal, induit par de la violence, consciente ou inconsciente. Elle peut s'exprimer envers d'autres personnes, des objets ou se retourner contre l'individu agressif. Elle peut être générée par des instincts comme la peur, la jalousie ou la protection d'êtres chers.

Selon Wikipedia (1) , l'agressivité est synonyme de survie, elle fait partie du répertoire comportemental normal de toutes les espèces sociales ou non, de la bactérie à la baleine. Elle est un régulateur social dans bien des espèces, passage obligé de la résolution des conflits. L'homme civilisé a tendance a diaboliser l'agressivité alors que le sujet est bien plus de la canaliser dans des exutoires sains et productifs.

L'agressivité chez les animaux peut être classée en quatre classes suivant leur causes :

  • L'agressivité par irritation : Il s'agit d'une réaction à une douleur répétitive ou à un comportement provoquant la colère. L'agression est prévisible, l'animal prévient par tous les signaux d'alarmes et de menaces de son espèce avant de passer à l'agression proprement dite : morsure, griffures, coups… plus ou moins sévères et immédiats en fonction de l'ancienneté et de la répétition de l'agression. L'agression est de courte durée et peut être maintenue après une instrumentalisation plus ou moins poussée de l'agression.
  • L'agressivité par peur : elle est rapide, violente et s'arrête immédiatement au retrait de la cause de la peur.
  • L'agressivité de possession de ressources : elle est parfois difficile à distinguer de l'agressivité par irritation. Elle s'en distingue essentiellement dans son contexte: la remise en question de possession des ressources. Elle peut être à l'initiative de l'un ou de l'autre protagoniste mais c'est toujours dans le but de contrôler une ressource qu'elle soit nourriture, eau ou sociale (lieu, ami, conjoint). L'agressivité territoriale est un cas particulier de celle-ci, il y a lutte pour le contrôle de la ressource territoire entre un « titulaire » et un « prétendant ». La lutte entre individus du même sexe pour le contrôle d'un partenaire sexuel en fait partie aussi.
  • L'agressivité de prédation : la plus sauvage de toute. Elle est plus ou moins organisée mais systématiquement optimisée par l'expérience dans le seul but d'immobiliser et de consommer sa proie. Elle est primordiale chez le prédateur car sans elle, point de vie. Elle est absente chez les espèces prédatées (proies) comme le cheval.

L'agressivité est donc salutaire, voire essentielle, naturelle devant un danger, normale devant une menace ou une attitude menaçante.

Alors comment ne pas répondre agressivement, lorsque l'évaluation elle-même se passe dans un contexte de confrontation et de provocation, où le chien est poussé à bout ? On ne pourra de toute évidence, arriver à une conclusion différente si les éléments présentés au chien, le place dans une situation où il n'aura d'autres choix que de se défendre, donc de devenir agressif? Est-ce donc là une bonne évaluation ou une évaluation biaisée et basée sur une méconnaissance du processus amenant un animal à devenir agressif?

Ce qui devait arriver arriva, la chienne évaluée fut jugée agressive.

N'est-ce pas là, un cas flagrant d'agressivité par légitime défense? Le chien étant obligé de tomber dans un réflexe de défense le menant à l'agressivité pour protéger son intégrité physique.

Et le cas de cette morsure sur un enfant, était-ce aussi un cas de légitime défense (le chien coincé, prit dans un espace réduit, ou laissé à la merci d'un enfant non supervisé par un adulte, ou un enfant mal éduqué) ?

Et vous, qu'en pensez-vous?

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Agressivit%C3%A9_chez_les_animaux

 

 

Danielle Gauthier De Varennes

Éducateur canin comportementaliste

Réflexion sur l'agressivité par légitime défense

Publié dans comportement