Pour un chien libre

Publié le par Danielle Gauthier De Varennes, éducateur canin, comportementaliste chez FIDÈLE CANIN

 

Nos chiens vivent de plus en plus dans des milieux urbains. Pour la plupart d'entre eux, leur vie ne se passe plus à la campagne mais en banlieu ou en ville. Et qui dit ville, dit réglementation. Dans un contexte de proximité et de densité de population, il est bien normal de devoir soumettre les habitants humains et canins à des règles qui feront en sorte, que la sécurité du public soit assurée. Mais la qualité de vie de nos chiens en paie le prix. La liberté est devenue une denrée très rare dans le monde canin.

Quand j'étais jeune, nous vivons en banlieu de la ville de Québec, dans une banlieu appelée Sillery. Mon chien de l'époque nommé Jérémie (un gros mâle croisé colley/Airdale), n'a jamais été attaché de sa vie. Il portait bien un collier avec médaille, mais il circulait librement dans le voisinage (en 1970, peu de villes québécoises avaient un réglementation sur les animaux domestiques), allant patrouiller dans la falaise près de la maison, y chassant les marmottes et les oiseaux, allant quêter des restes de nourriture chez les voisins, se promenant à sa guise. Ce chien faisait inévitablement beaucoup d'exercice, allait et venait selon son bon vouloir, était amical avec tous. Il est un chien sans problème de comportement bien que nous l'ayons à peine entraîné. Il ne fuguait pas, jappait rarement, ne brisait rien, ne sautait pas sur les humains, était calme et semblait avoir compris tout seul ce qu'on attendait de lui. Il était connu et apprécié dans le voisinage.  On aurait de lui, qu'il était le chien idéal. Ce chien dit "idéal" sans entraînement, disposait d'un environnement idéal pour lui également, vous l'aurez compris. 

Jérémie n'était pas le seul à se comporter de façon si remarquable. De mémoire, les autres voisins avaient de tout aussi bons. Les problèmes de comportement étaient-ils plus rares? Probablement. Et si un chien se comportait dangereusement ou de façon vraiment dérangeante, à cette époque on l'éliminait rapidement. 

Mais supposons que Jérémie ait eu à faire sa vie en milieu urbain de nos jours, avec toutes les contraintes que l'on peut maintenant imaginer, aurait-il eu un comportement aussi parfait? On peut en douter... changer l'environnement et on changera le comportement.

Alors, changeons le contexte et placons-le dans un environnement rempli de barrières, clôtures, enclos, parcs, cages, laisses, harnais, colliers, muselières, restrictions, marches en laisse, attaches sur un territoire, attaches dans la voiture, attaches en canicross, chaînes, peu d'espace pour courir sans entraves, faites lui des demandes et commandes constantes, forcez-le, bref imposez-lui des contraintes de toutes sortes. Je sais vous me direz...de nos jours, on a pas le choix! 

Cette vie de captivité, faut bien se le dire, doit être frustrante et doit avoir des répercussions sur le comportement de nos chiens. Comment exprimer ses comportements naturels dans un tel contexte? Souvent impossible. Comment démontrer de l'autonomie au quotidien? Bien difficile. Et si les comportements naturels d'un chien ne peuvent s'exprimer, comment le chien se comportera-t-il? Fort différemment, et on peut parier que ce ne sera pas pour le mieux. 

Tous les problèmes de comportement suivants ne sont-ils pas la conséquence d'une vie dans un environnement rempli d'entraves (je peux facilement m'imaginer à quel point je serais frustrée d'être toujours attachée, ou bloquée dans mes déplacements):

-jappement excessif

-destruction

-fugue

-hyperactivité 

-hypervigilance

-anxiété 

-anxiété de séparation 

-hyperattachement

-troubles obsessifs compulsifs

-excitabilité

-difficulté en entraînement

-manque d'initiative

-troubles de relation avec ses pairs

-troubles de relation avec les humains

Etc...

Dans un contexte de contraintes exigées par une municipalité, comment peut-on offrir à notre chien, le plus de liberté possible, de sorte que ce dernier pourra démontrer les comportements naturels à son espèce? Je crois que cela est possible. Mais l' humain qui a la responsabilité d'un chien, devra opérer de gros changements dans ses façons de faire.

Attention: donner de la liberté à son chien ne veut pas dire de le laisser tout faire librement sans encadrement. 

Voici quelques pistes de solutions:

  1. Dans le but de lui apprendre à rester près de vous en liberté, apprenez à votre chien, si possible (idéalement) dès son adoption en bas âge (ce sera encore plus facile car les chiots craignent la solitude et cherchent la sécurité apportée par l'autre), ou à l'âge adulte si on adopte plus âgé, à rester toujours dans votre giron (à vous avoir toujours à l'oeil), c'est-à-dire à ne pas trop s'éloigner de vous. Pour ce faire, on pourra utiliser la technique du nourrir à la main à l'aide de sa ration quotidienne pendant 10 à 14 jours. Ceci pour créer des centaines de renforcements à toutes les fois que votre chien vous suit dans vos activités quotidiennes. On pourra aussi faire des jeux de rappel à vide à tous moments en récompensant avec des jackpots. Ainsi, vous pourrez libérer de olus en plus votre chien de sa laisse (ou la laisser traîner par terre) et lui apprendre à vous suivre en toute liberté dans des endroits bien spécifiques où cela est permis comme dans un sentier privé dans les bois;
  2. Il vous faudra fréquenter plusieurs fois par semaine, des endroits plus sauvages que la rue où vous vous  promenez habituellement. Ceci afin de donner à votre chien des moments de totale liberté ou semie liberté, où il pourra à son gré, sentir, creuser, pister, manger de l'herbe, se salir, sauter, traîner une branche, se mouiller, courir l'écureuil. Évidemment, toujours sous votre supervision. Il y a sûrement des champs, des boisés, des sentiers pas trop loin de votre domicile disponibles pour ce faire. Au pire, si vous ne pouvez donner une totale liberté à votre chien, procurez-vous une grande longe que vous pourrez laisser traîner par terre. Il faut absolument lui laisse être un chien, libéré pour faire à sa guise, et ne pas lui imposer de répondre à des demandes constamment si tout se passe bien;
  3. Par temps chaud, vous pourriez laisser ouverte la porte de votre maison qui donne sur un balcon, ou sur votre cour clôturée. Les chiens adorent entrer et sortir sans cesse de la maison. Ne l'avez-pas déjà remarqué? Ils aiment surveiller l'entiereté de leur territoire tout en conservant un oeil sur vous (une autre belle façon de pratiquer le suivi);
  4. Des jeux de recherches peuvent être aussi organisés. Faire travailler leur odorat, encore là, sans rien leur demander mais en les laissant agir selon leur bon vouloir. Lancer une poignée de croquettes ça et là sur votre terrain ou dans un parc (votre chien en grande longe) et laissez votre chien les découvrir. Ce jeu peut aussi se faire dans la neige;
  5. Lors de vos promenades en laisse, donnez à votre chien plusieurs occasions d'aller sentir des bosquets sur demande, et donnez-lui du leste. Votre chien n'est pas toujours obligé de vous écouter et suivre sans relâche. Donnez-lui des pauses odorat! Car sentir lui apportera la stimulation de son sens le plus développé.
  6. Dans la maison, si vous êtes certain que votre chien ne peut fuguer par l'une des portes de la maison, enlevez-lui son collier et son harnais, pour plus de confort. Il appréciera sûrement être au naturel;
  7. Apprenez à votre chien à marcher en laisse relâchée. Ce sera sûrement moins frustrant pour lui (et pour vous), de ne pas sentir cette tension constante de la laisse tendue entre vous deux;
  8. Dès que vous le pouvez, éliminez la cage de son environnement, ou laissez-la porte ouverte. Apprenez-lui rapidement à être propre et à ne pas détruire, ainsi vous n'en aurez plus besoin comme un système de contention mais plutôt,  comme un refuge pour lui;
  9. Apprenez à votre chien à ne pas sauter sur les adultes et les enfants, à rester sur demande dans des endroits stratégiques comme une pièce ou sur son coussin, ceci vous évitera de mettre des barrières des entraves partout dans son environnement;
  10.  Offrez à votre chien le droit de creuser dans certains endroits, comme un carré de sable, ou sur la plage, ou un tas de feuilles mortes. Ça peut devenir un jeu très amusant!
  11. Moins vous le contentionnerez, plus il aura le goût d'être avec vous. Plus vous tirerez sur lui, par un collier et une laisse par exemple, plus il aura un réflexe d'opposition (très fort chez le chiot et chez l'adulte non désensibilisé). Travaillez toujours avec ses outils comme étant seulement des moyens de le garder en sécurité et non des outils de répression.

En fin de compte, pour avoir un chien moins frustré (ce qui devrait nous donner un chien qui présente moins de problèmes de comportement), vous aurez compris qu'il nous faudra lui permettre d'exprimer ses comportements naturels, tout en respectant les limites imposées par nos réglementations municipales. Laissons nos chiens être des chiens!

L'environnement social étant différent de celui d'autrefois, nous devrons aujourd'hui user de stratégies pour favoriser son bien- être maximum et diminuer les contraintes et frustrations qu'il aura à rencontrer dans sa vie de tous les jours. 

Rappelez-vous que tous les chiens, petits et grands, ont besoin de liberté (bien évidemment dans un cadre légal et sécuritaire).  Lui apprendre à bien gérer sa liberté, est le plus bel enrichissement que vous pouvez donner à sa vie.

 

Danielle Gauthier De Varennes

Éducateur canin comportementaliste chez FIDÈLE CANIN

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