8 Septembre 2019

Nos chiens vivent de plus en plus dans des milieux urbains. Pour la plupart d'entre eux, leur vie ne se passe plus à la campagne mais en banlieu ou en ville. Et qui dit ville, dit réglementation. Dans un contexte de proximité et de densité de population, il est bien normal de devoir soumettre les habitants humains et canins à des règles qui feront en sorte, que la sécurité du public soit assurée. Mais la qualité de vie de nos chiens en paie le prix. La liberté est devenue une denrée très rare dans le monde canin.
Quand j'étais jeune, nous vivons en banlieu de la ville de Québec, dans une banlieu appelée Sillery. Mon chien de l'époque nommé Jérémie (un gros mâle croisé colley/Airdale), n'a jamais été attaché de sa vie. Il portait bien un collier avec médaille, mais il circulait librement dans le voisinage (en 1970, peu de villes québécoises avaient un réglementation sur les animaux domestiques), allant patrouiller dans la falaise près de la maison, y chassant les marmottes et les oiseaux, allant quêter des restes de nourriture chez les voisins, se promenant à sa guise. Ce chien faisait inévitablement beaucoup d'exercice, allait et venait selon son bon vouloir, était amical avec tous. Il est un chien sans problème de comportement bien que nous l'ayons à peine entraîné. Il ne fuguait pas, jappait rarement, ne brisait rien, ne sautait pas sur les humains, était calme et semblait avoir compris tout seul ce qu'on attendait de lui. Il était connu et apprécié dans le voisinage. On aurait de lui, qu'il était le chien idéal. Ce chien dit "idéal" sans entraînement, disposait d'un environnement idéal pour lui également, vous l'aurez compris.
Jérémie n'était pas le seul à se comporter de façon si remarquable. De mémoire, les autres voisins avaient de tout aussi bons. Les problèmes de comportement étaient-ils plus rares? Probablement. Et si un chien se comportait dangereusement ou de façon vraiment dérangeante, à cette époque on l'éliminait rapidement.
Mais supposons que Jérémie ait eu à faire sa vie en milieu urbain de nos jours, avec toutes les contraintes que l'on peut maintenant imaginer, aurait-il eu un comportement aussi parfait? On peut en douter... changer l'environnement et on changera le comportement.
Alors, changeons le contexte et placons-le dans un environnement rempli de barrières, clôtures, enclos, parcs, cages, laisses, harnais, colliers, muselières, restrictions, marches en laisse, attaches sur un territoire, attaches dans la voiture, attaches en canicross, chaînes, peu d'espace pour courir sans entraves, faites lui des demandes et commandes constantes, forcez-le, bref imposez-lui des contraintes de toutes sortes. Je sais vous me direz...de nos jours, on a pas le choix!
Cette vie de captivité, faut bien se le dire, doit être frustrante et doit avoir des répercussions sur le comportement de nos chiens. Comment exprimer ses comportements naturels dans un tel contexte? Souvent impossible. Comment démontrer de l'autonomie au quotidien? Bien difficile. Et si les comportements naturels d'un chien ne peuvent s'exprimer, comment le chien se comportera-t-il? Fort différemment, et on peut parier que ce ne sera pas pour le mieux.
Tous les problèmes de comportement suivants ne sont-ils pas la conséquence d'une vie dans un environnement rempli d'entraves (je peux facilement m'imaginer à quel point je serais frustrée d'être toujours attachée, ou bloquée dans mes déplacements):
-jappement excessif
-destruction
-fugue
-hyperactivité
-hypervigilance
-anxiété
-anxiété de séparation
-hyperattachement
-troubles obsessifs compulsifs
-excitabilité
-difficulté en entraînement
-manque d'initiative
-troubles de relation avec ses pairs
-troubles de relation avec les humains
Etc...
Dans un contexte de contraintes exigées par une municipalité, comment peut-on offrir à notre chien, le plus de liberté possible, de sorte que ce dernier pourra démontrer les comportements naturels à son espèce? Je crois que cela est possible. Mais l' humain qui a la responsabilité d'un chien, devra opérer de gros changements dans ses façons de faire.
Attention: donner de la liberté à son chien ne veut pas dire de le laisser tout faire librement sans encadrement.

Voici quelques pistes de solutions:
En fin de compte, pour avoir un chien moins frustré (ce qui devrait nous donner un chien qui présente moins de problèmes de comportement), vous aurez compris qu'il nous faudra lui permettre d'exprimer ses comportements naturels, tout en respectant les limites imposées par nos réglementations municipales. Laissons nos chiens être des chiens!
L'environnement social étant différent de celui d'autrefois, nous devrons aujourd'hui user de stratégies pour favoriser son bien- être maximum et diminuer les contraintes et frustrations qu'il aura à rencontrer dans sa vie de tous les jours.
Rappelez-vous que tous les chiens, petits et grands, ont besoin de liberté (bien évidemment dans un cadre légal et sécuritaire). Lui apprendre à bien gérer sa liberté, est le plus bel enrichissement que vous pouvez donner à sa vie.
Danielle Gauthier De Varennes
Éducateur canin comportementaliste chez FIDÈLE CANIN